De l’après guerre à nos jours

La reconstruction

Les combats de janvier 1945 ont provoqué d’importants dégâts à Oberroedern. Tous les bâtiments ont été touchés par des tirs ou des éclats d’obus. Certains sont détruits, parfois les vitres sont éclatées par les explosions ou les toits troués par les obus. L’entraide et la solidarité est exemplaire, on utilise les matériaux des ruines pour reconstruire les maisons moins endommagées. On accueille des voisins ou des amis qui ont eu moins de chance. Mais avant de démarrer les travaux, il faut préparer des dossiers très (trop) complexes pour la population. L’objectif étant de déclarer un maximum de dégâts pour figurer sur la liste prioritaire et pouvoir reconstruire rapidement. Certains semblent s’en sortir mieux que les autres, au vue de certains biens reconstruits et des jalousies qui surgissent ici ou là.

Caserne d'Oberrœdern-Nord (photo A. Haas). Après la guerre

Le 22 novembre 1947 puis le 27 janvier 1952, Oberroedern est reconnue comme commune sinistrée. Selon une étude de 1950 (alors que le village est déjà reconstruit à 25%), la commune a été détruite à 50% durant guerre. Les destructions sont plus importantes encore à Stundwiller (83%).

En ce qui concerne les terrains militaires liés à la Ligne Maginot, les logements ont été vendus aux occupants en 1972 et les terrains à usage agricoles ont été revendus aux agriculteurs. En effet, les pouvoirs publics ont décrété que les fortifications de la Ligne Maginot ne présentent plus d’intérêt stratégique pour la défense du pays.

La reprise et la construction de l’école

C’est tout de suite après la fin de la guerre aussi, qu’un jeune homme d’Aschbach est nommé officiellement instituteur et directeur de l’école d’Oberroedern. Il s’agit de Joseph Walter qui 15 jours plus tôt revenait du Limousin où il avait passé 5 ans et 9 mois depuis l’évacuation du 1er Septembre 1939. Sa nomination n’avait été qu’une formalité car peu d’enseignants demandaient des postes dans des communes sinistrées.

Les débuts sont difficiles, si l’extérieur de l’école des filles semble peu endommagé, il en est tout autre de l’intérieur ! L’intérieur de l’école est détruit, non pas par les obus des Allemands mais par des tirs d’artillerie des Américains qui ont libéré Oberroedern et en ont profité pour tester leurs armes dans la salle de classe. De l’école des garçons il ne reste plus grand-chose, et ce qu’il en reste est occupé par une famille sinistrée.

Le mobilier n’étant pas suffisant les élèves sont répartis en deux groupes selon leur âge. Les plus âgés auront cours le matin et les plus jeunes l’après-midi. Les manuels sont inexistants et les livres aussi, non pas par manque de moyens mais car à l’époque, lors de la reconstruction, l’édition de livre n’était pas la priorité, ils n’existaient donc tout simplement pas. Certains élèves ramenaient quand ils en avaient des restes d' »Histoire Sainte » ou des cahiers de l’école allemande.

A cette époque, la matière enseignée est presqu’exclusivement le français. Les enfants ayant été à l’école durant l’occupation ne parlaient qu’allemand, il fallait donc partir de zéro quel que soit l’âge. On chante et on apprend des poésies ou des comptines en français et pour Noël 1945 les élèves arrivent même à faire un petit spectacle qui a beaucoup de succès.

Fin octobre 1945, M. Walter reçoit du renfort. C’est Mlle Simone George qui habite au camp d’Oberroedern qui va s’occuper des « petits ». Elle revient tout juste d’un stage dans une école « modèle » à Nancy et est horrifiée par la salle de classe délabrée mais aussi par les élèves et leur maître qui lui semblent sous-développés avec leur pur accent alsacien : « Il bleut, il mouille, z’est la fête à la grenouille ». Les deux collègues finiront tout de même par s’apprécier et même par se marier quelques années plus tard.

En 1946 un baraquement est mis en place avec deux salles de classes qui permettra aux élèves d’avoir école toute la journée. Ce baraquement est provisoire en attendant la construction d’une nouvelle école prévue pour 1958.  L’ancienne école des filles devient alors la mairie et l’actuelle école est toujours celle construite en 1958. Joseph et Simone Walter enseigneront respectivement jusqu’en 1977 et 1978 à l’école d’Oberroedern.

La construction de l’église

Depuis la deuxième moitié du XVIIIè siècle, l’église de Stundwiller était partagée entre les communes d’Aschbach, Stundwiller et Oberroedern qui formaient un seule paroisse. Cette église à la taille remarquable pour l’époque et détruite durant la seconde guerre mondiale avait connu son heure de gloire au XVIIIè et XIXè siècle. Les pèlerins venaient alors honorer les reliques de Saint Lucius ou participer à la grande fête du Rosaire. Mais le 22 septembre 1946, une église provisoire et un cimetière sont consacrés à Oberroedern. C’est un grand évènement et une grande avancée pour les villageois qui devaient jusqu’à présent se rendre à pied à l’église intercommunale à Stundwiller, parfois plusieurs fois par jour les jours de fête et par tout temps.

Paroissiennes d'Oberrœdern se rendant à l'église de Stundwiller

Anecdote : Pour les habitants d’Oberroedern l’inhumation de leurs défunts n’avait jamais été chose facile. Quatre hommes portaient le cercueil sur une sorte de brancard sur parfois deux kilomètres selon la localisation de la maison du défunt. Un jour en 1921, lors du transfert d’une femme de forte corpulence, le brancard se cassa. La communauté a du réquisitionner le seul petit véhicule hippomobile du village, détenu par Victor Gallian, qui devint ainsi le premier corbillard d’Oberroedern. Victor qui ramassait chiffons, peaux de lapin et autres ferrailles avec sa carriole ajouta dès lors le rôle de pompe funèbre à son activité et peignit la charrette en noir et blanc.

Après une longue et difficile négociation de la part du maire de l’époque Joseph Walter avec les maires successifs de Stundwiller (Emile Isinger puis Martin Dangler), fin décembre 1953, il obtient 45% du montant des indemnités de reconstruction accordées par l’état pour les dommages de guerre de l’Eglise intercommunale de Stundwiller. En plus de cette indemnité, une généreuse donatrice : Catherine Klehammer, fait don à la commune d’une maison au centre du village avec pour vœu que la cour et le jardin servent d’emplacement pour la future église.

C’est ainsi qu’après l’établissement du plan, les travaux pour la construction de l’église débutent en mars 1962. En mai 1965, l’église est consacrée au cœur immaculé de Marie par l’évêque escorté entre autres par le curé Stiehr. Celui-ci officie depuis janvier 1950 et continuera jusqu’au 7 octobre 1990, lendemain de la fête du Rosaire. Les cloches qui proviennent des fonderies de Colmar sont financées par des fidèles et les orgues sont l’œuvre de René Schwartz de Stundwiller.

Mgr Jean Julien Weber, évêque de Strasbourg visite le chantier de 
l'église d'Oberrœdern, en présence du maire Joseph Kocher.

Les armoiries

Blason d'Oberroedern

C’est après la guerre aussi que les armoiries d’Oberroedern ont été proposées par M. L. Bachmeyer (conservateur du musée de Saverne) lors d’une commission puis décrites dans un livre en 1947 sous la forme suivante :

« D’argent du soc de charrue d’azur posé en pal la pointe en haut »

En 1961 la commune adopte ces armoiries. Le soc de charrue ayant une vocation exclusivement agricole paraît justifié.

Fusion et défusion

Le 1er juillet 1974, après accord des populations ou au moins des élus communaux, Aschbach, Stundwiller et Oberroedern sont fusionnés par arrêté préfectoral. La nouvelle commune est dénommée Stundwiller et est rattachée au canton de Soultz-sous-Forêt (comme Oberroedern, alors que Stundwiller et Aschbach faisaient partie du canton de Seltz). Cette fusion qui rappelle l’époque de l’Obergericht, permet de résoudre les problèmes de limite des bans. En effet les meilleurs terrains constructibles permettant l’agrandissement d’Aschbach et de Stundwiller se trouvent sur le ban d’Oberroedern.

Cette fusion permet aussi d’entreprendre de grands travaux tels que l’assainissement, la réfection des voiries ou le remembrement grâce aux aides accrues de l’Etat pour les collectivités.

  • L’assainissement a été réalisé en 1978 pour 2,5 millions de francs et a été financé à 65,5% par l’Etat et le département
  • Les voiries (chaussées et trottoirs) ont été réaménagées à la même période
  • Pour le remembrement, alors que 65% des agriculteurs ont voté contre dans un premier temps, la semaine suivante une nouvelle consultation est organisée par les élus. Grâce à des explications et éclaircissements détaillés ils obtiennent cette fois-ci l’unanimité pour. Heureusement, car c’est la dernière année où l’état propose de participer aux travaux à hauteur de 90% et les élus en étaient bien conscients. Les travaux pour le remembrement dureront 3 ans de 1979 à 1982. Oberroedern compte alors 364 propriétaires et le nombre de parcelles passe de 3047 à 1045. Le remembrement permet également à Oberroedern de constituer une réserve foncière et d’étendre la zone d’habitation avec la création d’un lotissement à la continuité de la rue de l’Herbe.

De 1977 à 1987, les conseillers Aschbachois souhaitent qu’Aschbach redeviennent une commune à part entière. Certains villageois manifestent devant la sous-préfecture de Wissembourg en janvier 1986, d’autres menacent le maire de Stundwiller et sont interpelés le 22 octobre 1987 puis libérés grâce à 200 aschbachois (curé en tête). Après plusieurs tentatives de conciliation infructueuses, le 18 janvier le préfet signe la défusion érigeant Aschbach comme commune à part entière.

Barbe Walter, la dernière à porter le costume 
traditionnel, photographiée à l'âge de 80 ans.
Photo prise en 1975

Oberroedern et Stundwiller sont toujours fusionnés mais les Oberroedernois voyant l’exemple d’Aschbach s’interrogent. Le maire délégué d’Oberroedern, Clément Amann, prend la décision de consulter ses administrés par référendum. Les Oberroedernois votent à 161 voix pour la défusion contre 29 voix contre. Ils préfèrent se séparer immédiatement de manière pacifique plutôt que d’attendre et risquer des déconvenues comme à Aschbach. C’est ainsi que le 1er janvier 1989, Oberroedern se sépare également de Stundwiller et rend l’indépendance à chacun des villages.

Les maires d’Oberroedern de la révolution à nos jours

Da tes 
1788-1731 
An V 
1803-1808 
1808-1821 
1821-1826 
1826-1851 
1851-1865 
1865-1876 
1877-1888 
1883-1831 
1891-1916 
1317-1323 
1924-1935 
1335-1344 
1945-1959 
1353-1375 
1975-1983 
1383-1383 
1989-2001 
Prénoms et Noms 
Mathias Schenck 
Jean Dentinger 
poste vaca nt 
Jean Stumpf 
M athias Schenck 
Adam Strasser 
Joseph Fix 
Laurent Philipps 
Martin Meyer 
Xavier Walter 
Louis Strasser 
Louis Meyer 
Joseph Jucker 
Antoine Dangler 
Louis Klehammer 
G eorges Ball 
Joseph Walter 
Joseph Kocher 
Albert Meyer 
Clément Amann 
Frangois Albénésius 
2001- En cours Claude Philipps 
Année de naissance 
1758 
1760 
1755 
1758 
1758 
1756 
1771 
1788 
1805 
1833 
1816 
1820 
1857 
1853 
1874 
1830 
1910 
1321 
1926 
1354 
1955 
1351

Le tableau révèle qu’une vingtaine de maires se sont succédés depuis 1788 à Oberroedern. On constate que l’annexion à l’Allemagne de 1871 à 1918 n’a pas provoqué de rupture dans la fonction municipale. On observe également un rajeunissement des fonctions municipales des années 80′ aux années 2000 avec Clément Amann qui accède aux fonctions à seulement 29 ans puis François Albenesius qui est élu à 34 ans.

La vie associative

Depuis toujours la vie associative est l’un des points fort de notre village. Nos nombreuses associations apportent une contribution irremplaçable à notre vie sociale, elles permettent aux habitants de se retrouver régulièrement, que ce soit pour pratiquer un sport, une activité culturelle ou pour s’entraider, l’important étant d’être ensemble !

Retrouvez toutes nos associations et leurs actualités sur leur page dédiée.

Partie 3/4 : « Oberroedern et les Oberroedernois pendant la Seconde Guerre Mondiale »

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